C’était mardi dernier. L’école vient de finir. Il est aux alentours de 15 heures 30. La petite que nous appellerons Isa quitte son école de Salles-sur-Garonne pour rejoindre son domicile éloigné seulement de quelques centaines de mètres. C’est un village rural tranquille tel qu’il en existe encore dans ce Volvestre si accueillant. Sa maman lui a montré le chemin qu’elle devait emprunter et lui a donné les consignes pour que tout se passe au mieux. Elle lui a fixé des interdits de sécurité. Du haut de ses 9 ans et demi, Isa est une petite fille adorable et débrouillarde. Elle travaille bien à l’école.

Peu de temps après, c’est le branle-bas de combat. Un homme cagoulé, circulant dans une voiture blanche au phare avant droit cassé, vient d’obliger Isa a monter de force dans son véhicule. Isa crie, elle comprend ce qui se passe. La voiture démarre. Au bout de quelques minutes seulement le kidnappeur se trouve coincé à l’entrée d’une impasse qui mène à la Garonne. Pris de panique, il relâche l’enfant et s’enfuit à bord de sa voiture. L’immatriculation n’est pas relevée et on peut le comprendre. L’alerte est immédiatement donnée à la gendarmerie. Un vent de panique souffle et les visages se crispent.

Aussitôt, tout est mis en œuvre pour retrouver le kidnappeur et la voiture. Hélicoptère et chiens spécialisés font leur travail de recherche et de très nombreux enquêteurs sont dépêchés sur place. Il faut faire vite. Des témoignages sont recueillis, la petite Isa est auditionnée pour essayer d’être le plus précis possible. Elle le sera à nouveau par des enquêteurs spécialement formés à cet effet mais également par un pédo-psychiatre.

Grâce au site officiel Facebook gendarmerie, l’alerte est donnée et se répand comme une trainée de poudre. On sait employer les moyens modernes de communication quand les faits l’exigent. Au bout de quelques temps, on lit tout et son contraire sur les réseaux sociaux. La psychose est là,  la démesure également. Chacun y va de son histoire en assurant bien sûr que cela est vrai et vérifié. La presse relaie l’événement et l’immédiateté accomplit son œuvre destructrice. Dans le village, personne n’a vu cette voiture et personne n’a vu le chauffeur cagoulé. L’enquête s’annonce difficile.

Le Procureur de la République saisit la section recherches gendarmerie pour « enlèvement et séquestration ». On suppose, puisque la gendarmerie n’a pas communiqué, que toutes les dernières techniques d’enquêtes sont mises en œuvre pour tenter de retrouver le criminel, notamment tout ce qui touche à la téléphonie. L’étau se resserre pour trouver la Vérité.

Vendredi dernier  7 octobre, dans la matinée, une reconstitution des faits est discrètement mise en place par le service enquêteur sous le contrôle du Procureur de la République. La presse n’est pas tenue informée. Isa raconte au fur et à mesure ce qui s’est passé et les enquêteurs tentent de visualiser le déroulé de la scène. Plus le temps passe, plus des interrogations apparaissent. Isa est à nouveau entendue. On peut aisément supposer qu’elle est confrontée par les officiers de police judiciaire aux contradictions qui sont apparues entre les faits qu’elle a déclarés et ceux tels qu’ils apparaissent lors de la reconstitution.

Au bout de quelques temps, Isa en pleurs reconnaît qu’elle a menti. Elle n’avait pas emprunté le bon chemin que lui avait indiqué sa maman mais un autre qui lui avait été formellement interdit. Et puis c’est l’escalade et le point de non retour. Elle voulait le dire que tout cela n’était pas vrai mais elle n’y arrivait plus. La peur des conséquences, la peur d’être jugée, la peur du regard des autres, d’être cataloguée.

Dès que la nouvelle a été rendue officielle, Jean Louis Halioua, maire de la commune mais aussi directeur de l’école de Salles-sur-Garonne, a tenu une réunion de l’ensemble des parents dès le vendredi soir. Avec beaucoup de pédagogie et de sensibilité, cet humaniste a informé en demandant de ne pas juger. Il explique que la bonne nouvelle est qu’il n’y ait pas eu de tentative d’enlèvement d’enfant et que c’est cela le plus important. Salles-sur-Garonne pouvait reprendre sa vie normale.

Quant à Isa, avec beaucoup de courage, elle a été dans les deux classes qui constituent cette école de Salles sur Garonne. Aidée dans sa démarche par les enseignants et le directeur, elle a expliqué à ses petits camarades la bêtise qu’elle avait faite. Elle a demandé pardon en souhaitant avec ses mots d’enfant que l’on puisse passer à autre chose.

Le Procureur de la République a officiellement classé l’affaire. Lors de notre rencontre, Monsieur le Maire a souhaité souligner l’excellence des enquêteurs de la gendarmerie, leur professionnalisme mais aussi leur sens de l’humain. C’est vrai que Isa a fait une grosse bêtise mais l’essentiel est bien qu’il n’y ait pas eu de tentative d’enlèvement. La gendarmerie a confirmé que l’affaire était classée mais n’a pas souhaité communiquer sur ce sujet.

Affaire classée donc…