« On doit repenser la Culture pour passer de la verticalité de la dite culture à l’horizontalité. »

Pronomade(s) vient de réaliser quelque chose de vraiment très fort et novateur en permettant à la compagnie Le Phun d’installer un jardin pas tout à fait comme les autres dans le centre bourg de Rieux Volvestre. Une idée originale que s’est appropriée tous les habitants de la ville-cité.

Il y avait une effervescence inhabituelle aux abords de la rue principale et du parking des écoles à Rieux Volvestre. Ce choix de lieu qui ne relève d’aucun hasard est celui où l’on enregistre le plus grand passage des habitants du village. C’est donc tout naturellement que les rivois ont pris possession de ce jardin extraordinaire mis sur leur chemin habituel. D’abord curieux, ils pensaient voir juste un joli jardin et au fil de leur progression ils découvrirent tout autre chose. Un monde féerique où la poésie, le partage, l’imaginaire et les valeurs du vivre ensemble sont déclinées avec générosité, simplicité et enthousiasme. Chose si rare, il n’y avait pas âme qui vive pour balbutier la moindre critique. Ce n’était que compliments, émotions et étonnements. Petit à petit, le bouche à oreille produisant ses effets, il y eut beaucoup de monde et le lieu ne désemplit pas.

Durant trois jours, on est venu et revenu tant les visuels pouvaient changer et pour découvrir toutes les subtilités des installations proposées. On se sentait bien dans ce coin du monde où la paix et la sérénité régnaient en maitre. Une irrésistible attirance pour ce lieu intemporel où tout semblait tellement plus facile. On ne savait où donner des yeux et on nous parlait avec tellement de poésie, de gentillesse et de courtoisie. On en oubliait même qu’il s’agissait parfois de comédiens tant tout ceci semblait frais et vrai. Et puis on a pu gouter ce vin piquette de Longages qui était contrairement à son nom fort délicieux surtout accompagné d’un morceau de jambon fait maison.

Au fil du temps, on a pu croiser ça ou là, au hasard des allées du jardin, des gens qu’on n’avait vu depuis longtemps. Le moyen de langage le plus utilisé était le sourire sur les visages mais aussi dans le regard et dans les cœurs. Le jardin était devenu le jardin des rivois et chacun s’y sentait bien.

Mais en quoi ce projet est-il si différent de ceux généralement proposés par les spectacles Pronomade(s) ?

C’est en croisant Philippe Saunier-Borrell directeur de Pronomade(s) dans les allées des choux fleurs que nous comprirent mieux l’évolution qui est en marche : Lorsque un spectacle est proposé, nombre de personnes ne font pas la démarche de se déplacer ou bien ce sont souvent une même catégorie de public. De plus on leur soumet d’une manière très verticale tel ou tel spectacle qui est à prendre ou à laisser selon ses gouts et ses envies, même si force est de constater que l’on n’est jamais déçu.

Dans ce projet, il en est tout autre. On ne travaille plus pour les gens mais avec les gens. La verticalité culturelle se transforme en horizontalité. Dans leur déplacement, les rivois se sont naturellement retrouvés au milieu du jardin. Ils ont pu découvrir au fur et à mesure de leur découverte, l’autre facette poétique et culturelle de ce qui n’était pas visible au simple premier coup d’oeil. Il faut maintenant travailler avec les gens, avec ce qu’ils sont dans leur diversité. « On est passé du droit à la culture au droit culturel » nous précisait Philippe Saunier-Borrell lors de l’entretien. Cette grosse avancée qui est passée totalement passée inaperçue pour la plupart d’entre nous est l’un des chapitres de la nouvelle Loi Notre. « On doit repenser la Culture pour passer de la verticalité de la dite culture à l’horizontalité. » nous concluait Philippe Saunier-Borrell directeur de Pronomade(s).

Des changements en perspective et des réflexions à mener pour toutes les commission culturelles de nos collectivités territoriales.

 

Composée d’une vingtaine de plasticiens et comédiens, menée par Phéraille, la compagnie le Phun, l’une des plus importantes compagnies dans le paysage des arts de la rue en France, est implantée en Midi- Pyrénées, à l’Usine, Centre national des arts de la rue et de l’espace public (Tournefeuille / Toulouse Métropole).