La laïcité, plus que jamais

Après les bonnes intentions, les actes

Les événements survenus au début de l’année en France et ceux plus récents au Danemark montrent combien la notion de laïcité est devenue indispensable voire cruciale pour  garantir le vivre ensemble. Des millions de français sont descendus dans la rue pour dire qu’ils étaient « Charlie » : Mouvement citoyen d’une très grande ampleur certes mais avec quelques tentatives de récupération ça et là. Au fil des jours, cet élan de citoyenneté s’est émoussé comme il était prévisible. On a repris notre vie quotidienne. Nos soucis nous ont rattrapé et l’on s’est passionné pour le procès DSK et son torrent de détails nauséabonds d’une vie privée croustillante, étalée au grand jour.

La laïcité pour tous

Lorsqu’on débat du sujet de la laïcité force est de constater que l’on n’y met pas tous le même sens. Pourtant la laïcité est un principe très simple inscrit dans l’article 1er de la Constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »
L’ensemble de toutes les religions est du domaine exclusif de la vie privée et n’ont pas lieu d’être dans la sphère publique. A contrario, l’Etat est le garant de la liberté de conscience y compris par extension pour les athées ou les agnostiques que l’on oublie trop souvent. Ainsi la Loi n’a pas été faite pour une religion qui ne doit pas être stigmatisée mais pour toutes les religions, y compris la religion catholique qui n’est pas, faut-il le rappeler, une religions d’Etat.

Les législateurs lorsqu’ils ont élaboré la Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation de l’église et de l’Etat n’avaient pas, il est vrai, les mêmes problématiques qu’à l’heure actuelle. Toutefois son article 1 est parfaitement clair et non dérogeable.
La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Trop de dérogations au principe de laïcité

Par confort, par lâcheté parfois, par clientélisme même, toujours pour des mauvais principes, la laïcité a été mal menée. Comme une gifle, les événements récents nous rappellent à l’ordre en nous montrant nos faiblesses humaines.
La plus scandaleuse est surement celle du régime concordataire en Alsace-Moselle qui est un élément du droit local alsacien et mosellan. Il reconnaît et organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite et permet à l’État de salarier les ministres de ces cultes. Il constitue donc une exception à la séparation des Églises et de l’État. À son entrée en vigueur, il reconnaissait égales les trois confessions et la religion présentes en excluant d’ailleurs la religion musulmane. Pour couronner le tout, l’infraction de blasphème existe toujours dans ces départements. Heureusement que Charlie Hebdo a son siège social à Paris ! Quand mettra-t-on fin à cette scandaleuse dérogation ? Monsieur le Président de la République, êtes vous « charlie »?
Mais l’Etat et les pouvoirs publics ont aussi beaucoup de progrès à faire pour garantir le vivre ensemble à travers le respect de la laïcité. Des exemples concrets consternants :
Début 2015 à l’hôpital de Toulouse, une note de service interne détaille toutes les fêtes religieuses et demande aux cadres infirmiers d’octroyer des autorisations d’absence pour faciliter les pratiques religieuses ! Incroyable mais malheureusement vrai.
Chaque année dans la gendarmerie on fête la Saint Geneviève. Une messe catholique est organisée d’une manière officielle où représentants de l’Etat (Préfet, sous préfet en tenue) et élus y assistent. Chacun à l’envie, alors qu’il est fonction avec la neutralité que cela exige, se signe malgré tout lorsque le cérémonial le prévoit ! Rien à la synagogue où à la mosquée ? Le principe de laïcité interdit cette tradition devenue inacceptable. Dans cette même Institution on demande aux commandants d’unités de faciliter la pratique du ramadan aux gendarmes musulmans en évitant de les employer de jour! Laïcité vous avez dit laïcité !
Les exemples sont légions et ne concernent pas seulement ces deux services publics. Plus près de nous et sous prétexte de tradition, des maires, qui, lors des fêtes locales, organisent ou participent à des messes spécialement organisées pour l’occasion. On fait bénir la gerbe de fleurs au ruban bleu blanc rouge par le curé et tout l’assistance va déposer cet hommage aux couleurs républicaines au pied du monuments aux morts. Une nouvelle dérogation au principe de laïcité et sait-on si tous les morts pour la France étaient baptisés ! Que dire des menus dérogatoires des cantines, où selon, on exigera de la viande Allah ou Kacher et ou on constatera que le vendredi c’est systématiquement du poisson que l’on mange !
Nous avons été des millions à brandir « je suis charlie » pour défendre la liberté d’expression et la laïcité. Les religions dès lors qu’elle rentre dans la sphère publique sont source de conflits et d’opposition. Elles doivent donc restées, conformément à la Loi, dans la sphère privée et chacun doit pouvoir ainsi exercer son culte en toute liberté et avec toute la ferveur qu’il souhaite y mettre. Individuellement nous devons être des millions pour défendre ces principes républicains garants du vivre ensemble. Il n’y a pas de communauté musulmane, de communauté juive, catholique ou protestante, c’est une grave erreur sémantique. Il y a des citoyens français qui sont de confession musulmane, israélite, catholique, protestante ou bouddhiste d’ailleurs. Attention aux mots qui génèrent des maux.
Dans nos villages, je rêve que nos élus qui ont défilé avec leur écharpe bleu blanc rouge au son de « Je suis charlie » puissent concrètement mener des actions symboliques : Rajouter par exemple le mot laïcité sur  les frontons des écoles juste après liberté, égalité fraternité. Baptiser ou rebaptiser une place ou une rue « Place de laïcité » pour qu’à chaque instant, les citoyens et surtout les nouvelles générations puisent prendre conscience de cette valeur garante du vivre ensemble.
Nous sommes tous garant du vivre ensemble. Et maintenant place aux actes….